Thursday, June 02, 2005

POULE FICTION 6

Ca devenait totalement insoutenable, la turne frisant la saturation ammoniacale. Malgré des nettoyages biquotidiens, plus rien n’y faisait et je nous voyais bien tous finir asphyxiés, victimes de nos propres émanations. Même les pattencoins devenaient neurasthéniques et un autre d’entre eux en était mort, immédiatement dévoré par ses amis de la veille. Je me consolais en me disant qu’ils devaient manquer de protéines pour à ce point charognarder jusqu’à leurs semblables.
Ils croissaient nettement plus vite que nous, ceux là ! Déjà que nous partions avec un handicap certain, avec la différence de développement, nous allions bientôt être des nains face à des géants malintentionnés.
Leur taille impressionnante et leurs mœurs immondes qui les conduisaient à se vautrer vingt fois par jour dans l’eau de boisson pour en coller partout font que je pense que leur responsabilité était prépondérante dans le brouillard fétide qui nimbait notre cloaque (nous reviendrons la dessus… enfin, si je puis dire…).
C’est alors que nous commencions à nous adapter à notre vie d’égout et à nous y résigner que Lunette et sa gonzesse sont venus et nous ont attrapés, (difficilement en ce qui me concerne !). J’ai pensé que nous allions encore être entassés en carton pour raison d’hygiène mais non.
Lorsque le carton s’est ouvert, une lumière crue m’a explosé la rétine !
J’ai cru qu’on m’avait placé au centre d’un incinérateur et que j’allais me désintégrer par ignition immédiate mais je n’ai ressenti aucune chaleur. J’ai immédiatement baissé les yeux et, très progressivement, la vision m’est revenue. D’un coup, tout était vert. J’ai décidé de m’effondrer sur place, de pioncer peinard et de remettre à plus tard les conjectures sur mon avenir qui me semblait passablement complexe et fort incertain.
Un… deux… trois coups sur le crâne m’ont réveillé. Un de mes frèréseur m’attaquait l’occiput de son bec assassin. Je me suis redressé d’un bond, lui ai collé un coup de mon bec à moi, nettement plus performant que le sien et rhaaaa, j’ai décollé du sol et l’ai attaqué avec la partie arrière de mes pattes. Je ne sais pas ce qui m’a pris vu qu’il n’y a pour l’instant qu’une vague bosse molle mais j’ai su d’instinct que c’était comme ça qu’il fallait que j’envisage ma défense.
Je vous dis pas la tronche de l’horrible, sans doute une chimère vu sa houppette surplombant une tête barbue, lorsqu’il a réalisé que je venais de lui asséner un coup imparable, irrésistible, une botte en un mot ! Il a reculé piteux, tel une tête de nœud vert et j’ai immédiatement su quel aurait pu être mon nom : Jean Marais !
Mais bon, ne perdons pas le fil de fer de mon existence débutante…
Je venais de découvrit l’herbe et, contrairement à ce qu’avait pu prétendre Boris Vian, elle était verte. Je me mis à gratter, indifférent aux fouissages de mes congénères. Les pattencoins semblaient avoir disparu et j’avoue que je n’en eut aucune nostalgie.
Sur la journée, je réussis à béqueter trois lombrics presque entiers.
A un moment, une salope (Cette fois, devant tant de perfidie, j’ai su tout de suite qu’il s’agissait d’une femelle) a réussi à accrocher le bout d’un gros que je venais de déterrer et nous nous sommes battus pour savoir qui se goinfrerait et qui se le collerait sous le bras. Et bien, ce con de ver s’est pété en deux, nous laissant ex-aequo.
J’étais ultra furax !
Je me demande si je ne vais pas me faire pédé…

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Wednesday, May 25, 2005

POULE FICTION 5

Pour garder un repère temporel, je me fie aux ravitaillements. Lunette ou sa femelle (je ne sais pas d’où je sais sa fonction à celle là… sans doute l’instinct) ouvrent et ferment notre geôle à longueur de temps pour nous inspecter et faire des commentaires souvent désobligeants mais ils ne rechargent pas la nourriture et la boisson à chaque fois. J’ai émis l’hypothèse qu’ils devaient renouveler l’opération deux fois par jour et, si je ne suis pas dans l’erreur, il doit s’être écoulé près de quinze jours depuis notre incarcération.
Nous commençons à être à l’étroit dans la turne et une odeur d’ammoniac, au début supportable, est devenue suffocante. Nos deux gardiens ont beau nous coller dans des caisses périodiquement pour nettoyer notre résidence principale, une fois replacés, trois chiures et ça redevient l’enfer.
Depuis le début, trois de mes frères et un pattencoin sont morts de ne plus avoir envie de vivre. Faut dire que je les comprends. Il m’est arrivé plusieurs fois de penser au suicide. Je me suis retenu de respirer mais au moment de trépasser, j’ai craqué et j’ai inspiré goulûment l’atmosphère dantesque qui nimbe notre quotidien. Une fois, je me suis posté près de la porte et j’ai guetté l’ouverture pour me lancer dans le vide. Lunette s’est pointé et, lorsque mes yeux ont pointé vers le bas, devant le précipice vertigineux, tout s’est mis à tourner. J’ai hésité à vomir mais je me suis contenté de chier encore plus mou que d’habitude avant de m’enfuir lorsque les doigts de Lunette se sont approchés.
C’est curieux, ce truc là… les ogres qui nous gardent et nous nourrissent ne nous font aucun mal. Au contraire, ils semblent prendre soin de nous. Pourtant, dès qu’un quelconque de leurs appendices s’approche de nous, nous paniquons et nous nous tapissons le plus loin possible de leur présence. Etonnant, d’autant qu’ils puent nettement moins que nous. C’est comme si ils déclenchaient en nous une répulsion instinctive… comme si ils allaient nous manger et que nous fuyions dans l’espoir que ce ne soit pas encore notre tour. J’ai trop d’imagination en fait et cette peur irraisonnée est sans doute irrationnelle.
Il n’empêche que je n’ai pas eu le cran de me supprimer et que je n’en suis pas plus fier que ça. Maintenant, non seulement je vis une existence carcérale qui me mine mais en plus je me fais honte.
Pour apaiser ce sentiment d’humiliation, j’ai attaqué un pattencoin deux fois plus gros que moi. Je l’ai approché par derrière et niak, j’ai battu des ailes, décollé de quatre centimètres et planté mon bec dans son dos ! Trop fort !
Manque de bol, en se retournant, il m’a envoyé valser à l’autre bout de la boîte et s’est mis à me poursuivre dans le but évident de me battre à mort. Je n’ai dû mon salut qu’à ma présence d’esprit qui m’a fait me jeter entre les pattes de ses semblables qui m’ont ignoré et qu’il n’a pas osé affronter à un contre six. Ah le minable lâche !
Le canard est un foie jaune et, s’il n’était que moi, il finirait en terrine !

J’arrive pas à me lier à mes semblables. J’arrive déjà pas à distinguer les filles des gars alors que chez moi je sens bien que la testostérone prend le pas sur les oestrogènes.
T’ain de dieu, j’aurais un kilo de plus, j’attaquerais tout ce qui porte crête et je te niquerais tout le reste sans état d’âme !
Comme disait Bergson : « Soit tu les niques, soit t’es baisé. »

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Monday, May 23, 2005

POULE FICTION 4

Les jours passent et je finis par croire que plus rien n’arrivera. On est dans la boîte chauffée et dix fois par jour Lunette vient nous reluquer et faire des remarques extatiques ou désobligeantes. Deux fois par jour sa main, qui semble guérie, nous dépose de la poudre et de l’eau sur lesquels nous nous précipitons. Je suis pas mal costaud alors je me débrouille plutôt bien. Aujourd’hui, à la ration du matin, j’avais la patte gauche sur la tête d’un petit gris et la droite sur le dos d’un orange. Putain, la sensation de puissance ! Je me suis presque senti la moustache pousser et c’est tout juste si je ne me suis pas collé une aile sur l’estomac. Je me suis couché tout de suite après avoir mangé et j’ai rêvé d’une crête en forme de bicorne…

Nom de dieu, ça suinte la trouille aujourd’hui ! On nous a introduit six monstres qui ont le corps à plat et ont des pattes triangulaires pourvues de griffes. Il sont zébrés noir et jaune et couinent dans le suraigu. J’ai été le premier à me tapir dans un coin et les autres m’ont rejoint me servant de rempart. Ils ont foncé dans notre abreuvoir, se sont vautrés dedans et en ont foutu partout. Si nous ne chopons pas la crève, ça sera pas de leur faute !
Un petit jaune à pompon de mon espèce a pris un coup de griffe et s’est mis à saignoter. Les monstres se sont précipités sur lui alors que nous aurions bien aussi aimé y goûter. Au bout de pas longtemps il était dévoré et je me suis demandé comment nous allions subsister si cette engeance continuait à prédater notre pitance.
Ils ont fini par nous rejoindre et se coller eux aussi contre nous. On les a acceptés vu qu’on n’avait pas le choix mais on n’a dormi que d’un œil pour s’éviter le désagrément d’une galinophagie.

Lunette nous a réveillé en sursaut en gueulant comme une bête fétide contre, je cite, « la saloperie de nom de dieu de bougre de salopard qui lui avait mis un poussin en charpie ». Je n’ai pas tout compris mais, au ton, j’ai perçu qu’il était en colère. Ca ne l’a pas empêché de nous remettre de la poudre et de la flotte que les pattencoins se sont empressés d’aller saloper.
Si ceux là restent avec nous, on n’est pas dans la merde ! Enfin si… on y est…

Ca s’observe dans la boîte. On voit déjà qui va prendre l’ascendant mine de rien, qui la ramène tout le temps, se gonfle et va se prendre des coups de bec à tout coup, qui, terré dans son coin, est une victime née qui va claquer misérablement malgré les soins attentifs du monstre qui, visiblement, s’occupe de nous. Enfin, on sent bien une indifférence et un dédain qui confine au mépris entre les pattencoins et nous. Je crois que nous sommes racistes !
Mais tant que notre cohabitation profitera à nos deux races, je pense que nous nous supporterons.
Ce soir, en m’endormant, coincé entre un de mes congénère roux et un pattencoin rayé, je me demande si toutes les espèces se posent de telles questions…

Qu’est ce qu’on s’emmerde… c’est bien beau de dormir, bouffer et chier mais, cloîtrés comme on est, ça fait pas une existence !
J’en ai marre de marcher sur les autres ou de me faire piétiner et de passer mon temps à me demander si le monde se limite à cette geôle surpeuplée !
J’ai beau piocher dans Spinoza et Heidegger et me réciter du Kierkegard, la vie commence à me peser et je lorgne de biais mes semblables et mes dissemblables, un fond de haine fermentant dans mes tripes.

Thursday, May 12, 2005

POULE FICTION 3

J’ai eu chaud. L’énorme main a brandi deux de ses doigts boudinés et m’a saisi par le dos. Je me suis retrouvé enfermé dans sa paume qu’il a grêlée d’une sorte de maladie multicolore que je subodore contagieuse. Beurk, je suis tombé sur un négligé. J’espère que ça porte bonheur parce que c’est pas le pied gauche que j’ai collé dedans, là j’y suis tout entier !
Il va serrer et je vais exploser, je le sens !
Au lieu de ça il me gratouille le menton et me rapproche de ses yeux qu’il a masqués de bouts de verre grossissant. Totalement hideux ! Mais vachement gros…
Il me tient à hauteur de son nez et, si c’est un goinfre, il va me gober en un rien de temps. Il écarte ses commissures en plissant le nez . Je me demande si c’est mauvais signe…
Il ferait mieux de me donner à bouffer et à boire plutôt que de me reluquer comme un satyre. Il gueule : « J’crois bien que c’en est un ! ». Je ne sais pas si j’en suis un mais lui, sûr ! Je tente un coup de bec vers sa vérole de la paume mais c’est pas mangeable.
Il se décide enfin à me reposer dans le sauna et je dois dire à sa décharge qu’il le fait plutôt délicatement.
Les potes sont tous endormis les uns sur les autres et je vais les rejoindre, poussé par un instinct grégaire que je ne m’explique pas. Aussitôt au contact, je sombre, épuisé de trop d’émotions.
Le lendemain, enfin je suppose que c’est le lendemain vu que personne n’a jugé bon d’éteindre la lumière pour que nous nous repérions, le monstre lépreux se repointe et nous attrape les uns après les autres. On dirait que ses mains se sont arrangées. Elles sont lisses et roses, puent un peu un truc qui pue le propre, à croire que ces bipèdes se lavent les pattes. Je serais toujours traumatisé par ce premier contact et je ne pourrais jamais envisager le monstre autrement que comme « La Main » (Je parierai bien trois plumes qu’il se prénomme Michel… ;o))
Toujours est-il qu’il nous colle dans un carton où nous nous blottissons parce que ça caille affreusement et qu’une fois tous chargés, il nous bringuebale pour nous lâcher dans une cage au milieu de laquelle brille une lampe rouge que tu sens bien que si t’y colles ton cul, t’es rôti avant d’avoir existé. Comme si ce con souffreteux n’avait pas pu la coller en hauteur, sa loupiote bordélique !
Je me tapis dans un coin et décide de me réciter « La critique de la raison pure » afin de tromper mon ennui. Et bien, c’est raté !!!! Je me fait chier comme un rat mort ou plutôt comme un poulet vivant ! Je n’ai quand même pas passé des heures à bousiller une coquille pour passer de geôles en culs de basse fosses et pour finir par crever de faim, entouré d’abrutis incapables d’autre chose que de couiner bêtement en se demandant si je vais leur tourner le dos.
Parce qu’ils sont terribles mes congénères…. Ils te boufferaient vivant si tu n’y prenais garde. Alors, je les devance. Chaque fois que j’en vois un qui passe lentement, niak, il perd un bout de barbaque.
Si ça se trouve, je m’appelle Hannibal….


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POULE FICTION 2

Trois fois qu’on me marche sur la gueule !
Je me suis écroulé de mauvais poil mais là, je me réveille en rogne. Je risque un soulevé de paupière… c’est flou mais ça devrait s’arranger.
Ca y’est, encore un qui prend mon bide pour un trampoline ! Je couine ce qui laisse l’assistance indifférente.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne suis pas seul. C’est à qui chantera le plus faux. Ca doit être un casting pour une téléconnerie.
Je rouvre un œil et ma prédiction se réalise. Je distingue les contours beaucoup plus nettement et les couleurs se précisent.
Ca sent le métissage sauvage. Il y a des blancs, des noirs, des rayés et même un tout rose sur le cou qui m’a tout l’air atteint d’une maladie téléthone.
Je baisse les yeux sur mon anatomie et constate que je suis jaunâtre et que j’ai cinq doigts ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Je suis assez fier de cette particularité ethnique et, si je n’y prends pas garde, je risque de finir gros con ce qui ne me fait que modérément plaisir. Je décide de lutter contre ma nature.
Un grand noir m’écrase la nuque en passant et je décide de me redresser. Je ne vais tout de même pas me laisser écrabouiller sans réagir. Ca s’agite dans tous les sens et je crois savoir pourquoi. J’ai faim et je suppose que je ne suis pas le seul.
Il fait une chaleur tropicale et si j’en avais la capacité, je crois que je suerais. A défaut je me fais suer.
Nous sommes une dizaine dans une boîte rouge rectangulaire avec des morceaux de coquilles éparpillés et quelques ovoïdes intacts qui commencent à sentir vilain. La turne est extrêmement mal tenue. Je nous vois mal partis dans un espace aussi réduit. Sans compter que si l’un de nous se mêle de grandir, soit il fait péter le couvercle soit il se fracasse le crâne.
Debout on m’évite plus facilement et je décide de faire comme les autres : déambuler dans tous les sens, sans but et sans intérêt, juste pour me prouver que j’existe.

Ca fait des heures que je marche, me pose, évite les autres et redémarre sans que ma vie, à peine commencée, ne paraisse avoir d’autre objet que de subir le temps qui s’écoule. Si c’est ça, c’est profondément chiant, la vie…
Soudain un bruit au dessus de nous. Le plafond s’écarte et une espèce de monstre bipède surgit. Je reste pétrifié devant le monstre titanesque tandis que mes codétenus sautent dans tous les sens au risque de se faire remarquer. Sa bouche se plisse en un rictus épouvantable et sa voix tonitruante lâche « Chouette, encore un ! ». Je n’ai pas idée de ce dont il peut bien parler.
Il brandit une main aux cinq doigts, tout comme moi ! Peut-être est-ce un clone raté ?
Son énorme paluche descend lentement, créant un crépuscule inquiétant au dessus de nos têtes.
Ses doigts se tendent vers… moi !!!!!!!!

POULE FICTION 1

Ca fait vingt jours, presque vingt et un que je suis dans cette taule ! Il n’y a que deux ou trois jours que j’en suis réellement conscient mais je trouve le temps foutrement long. Je suis plongé dans une obscurité totale et j’ai très peur du noir. C’est comme ça que je sais que je suis petit… Pour tout arranger, j’ai l’impression qu’un japonais pervers m’a pris pour une cocotte en papier. Je suis tout replié et coincé. L’ankylose me guette et je ne voudrais pas commencer dans la vie perclus de rhumatismes. J’ai essayé de hurler pour qu’on me tire de là mais je n’ai réussi qu’à sortir une sorte de glapissement pratiquement inaudible. Il me semble avoir perçu d’autres plaintes, un peu semblables aux miennes, venues de l’extérieur. Serait-il possible que je ne sois pas le seul dans cette mélasse ? Il faut à tout prix que je sorte de là. J’ai la conviction que si trop de temps s’écoule, je finirai par crever sans avoir vu le jour.
Je tente un coup de boule mais je manque de recul. Le tir est mal ajusté et mon bec effleure à peine le mur de ma prison. Cet effort m’a épuisé et je sombre dans le sommeil sans pouvoir lutter. Quelques minutes, heures ou jours plus tard, l’angoisse me sort de ma torpeur. Des cris plus vifs se font entendre et je suis bousculé dans tous les sens. Je me mets à tourner sur moi-même et je perds les repères que je n’ai jamais eus. Il devient urgent de trouver une solution ! En tendant le cou, j’approche ma tête de la paroi la plus proche et je me mets à la tapoter tant bien que mal. La perte d’énergie est moindre qu’avec un effort violent et, au bout de quelques chocs, un léger craquement me redonne espoir. Le temps de reprendre mon souffle et je m’attaque de plus belle à la besogne libératoire. Mon bec parvient enfin à perforer la gangue et une lumière crue éclate à travers mes paupières closes. Je suis toujours aveugle mais ma cécité, de noire, est devenue blanche. Il me faut encore un temps infini pour réaliser une brisure suffisamment large pour accepter mon passage mais je finis par m’extirper et déplier mes membres douloureux. Je sens du mouvement tout autour de moi mais je suis beaucoup trop crevé pour m’y intéresser. Je suis mouillé, collant, abattu, déprimé. Je suis entre la vie et la mort et je ne sais pas de quel côté le sort va basculer. Pour tout dire, à cet instant précis, je m’en fous. Je ne souhaite qu’une chose: dormir... et peu m’importe de me réveiller jamais. Je suis un poussin et je ne le sais pas encore mais ce que je sais déjà c'est que je vais être de mauvaise humeur…